Elle ne sait plus qui elle est. Elle est malade. Et quoi? Vous en connaissez, vous, des gens qui ne sont pas malades? La maladie, c'est toute notre vie, et c'est tellement banal. "Personne ne me comprend, personne ne me connait" Qui ne s'est jamais dit ça? Qui n'en est pas intimement persuadé? Qui voudrait qu'on lui dise : " Je sais ce que tu penses ?" C'est la seule révolte, le seul dénominateur commun de l'humanité. Vous en connaissez, des gens qui sont satisfaits? L'insatisfaction c'est toute notre notre vie, et c'est tellement normal puisqu'il faut bien désirer quelque chose pour aller à la vie tous les matins du monde.
Et ceux qui n'attendent plus rien sont des dépressifs, des malades, encore des malades. Eux aussi sont contents qu'on s'intéresse à eux parce qu'ils pensent plus noir que les autres. Ça les fait avancer de se dire qu'ils sont différents, du fin fond de leur lit. Ils ne veulent plus bouger de leur oreiller, ils ont trouvé un système, comme ça, juste pour être incompris.
Tous des tordus, tous en vie, tous à rire, à pleurer, à bouffer, à baiser, à croire que leur vie n'est finalement pas la leur. Des milliards de petites vies parallèles qui ne se croisent jamais, et a joie de faire croire qu'on est en bonne santé alors que pas du tout.
"Craquer", mot emprunt de la plus atroce des culpabilités, où l'esprit se retrouve à la merci du corps,et ce dernier une fois rassasié, on se sent terriblement faible. On différencie encore un peu plus le corps de l'esprit en les mettant en concurrence pour qu'ils finissent par se détester franchement l'un l'autre.
Camille de Peretti - Thornytorinx
Je me dressai dans le lit toutes les vingt minutes, avec le c½ur qui cognait si fort que je me demandais si c'étaient ses battements qui m'avaient réveillé.
Son regard a erré sur mon cou, mes bras, mes jambes - toutes ces parties de mon corps que dénudait le tee-shirt dans lequel j'avais dormi - puis, avec un froncement de sourcils, il est revenu se poser sur mon visage. Elle a soupiré et secoué la tête, imperceptiblement, et est restée plantée là.
Ma peau hurlait, les battements de mon c½ur cognaient dans mes oreilles. J'ai fermé les yeux, j'ai enroulé les bras autour de moi et j'ai pleuré.
Gillian Flynn - Sur ma peau
La sensation d'une coupure envahira désormais ma perception des êtres et des choses. Coupure à l'intérieur de moi même, coupures sur la surface de la peau.
Du martèlement de ce silence, je me souviens encore. Il cogne encore quelquefois dans ma tête.
Nous sommes toujours écorchés vifs. Les blessures de nos mémoires sont toujours béantes. Quoi que nous fassions.
Laure Adler - A ce soir